Quand Marie-José MORGAT-PETIT commence à peindre au début des années 1970, admiratrice de peintres comme Nicolas de Staël, Sam Francis, Joan Mitchell, pierre Soulages ou Zao Wou-Ki, sa peinture se situe d'emblée dans l'abstraction, avec une série de toiles blanches, interprétations de la nature, peintes à l'huile et utilisant largement les effets de matière : rugosités, empâtements, coulures, glacis... une abstraction qui continuera à dominer tout au long de sa démarche ultérieure, dans un véritable cheminement, les pieds sur la roche volcanique du Velay de son enfance et les yeux dans un jaillissement de lumière et de couleurs.
Année après année, son travail évolue à travers un questionnement esthétique et spirituel permanent qui transparait dans ses thématiques successives : compositions en abyme imbriquant des carrés dans le cadre du tableau ; utilisation de l'écriture ou d'une succession de graphies inscrites dans des tracés horizontaux, suggérant des portées musicales ou encore des herbes ondoyant sous la brise (« Brises ») ; évocation de la puissance cosmique ou tellurique, jaillissements de matières, de lumière, (« Eau », « Métal », « Terre ») ; confrontation à la puissance de la matière organique, de l'enracinement aux confins de deux mondes, de l'air et de la terre, et aussi de la vie et de la mort (« Arborescence »).
D'un thème à l'autre, les techniques évoluent ou se différencient : l'huile depuis les débuts a été longtemps le médium privilégié, avec des glacis, transparences, empâtements, plissements, ainsi qu'avec des collages, des inclusions de divers matériaux. Les dernières années, l'acrylique a pris la relève, souvent avec marouflage d'une ou plusieurs couches de papiers chinois couvert de lavis et de signes-graphies à l'encre de chine.
Le tableau se construit et s'épure à travers un cheminement plus ou moins sporadique, dans la mise en œuvre de la matière, par touches progressives. L'artiste s'efface peu à peu derrière son œuvre, mais n'a de cesse d'y revenir.
Au-delà de l'évolution de la thématique et de la panoplie des techniques utilisées, c'est toujours de traduire l'inexprimable qu'il s'agit, d'interroger la nature et son ascendant sur le monde vivant, source d'émotions, de grandeur et de mystère. C'est une approche sensible de l'univers et la recherche d'une harmonie.
Évoquer sans reproduire, interpréter sans imiter pour suggérer la profondeur du monde :
« Je vois le rampement vivace des racines,
Je respire l'humus, la vase et le terreau. »
(Jean Wahl)
François Petit
sources : https://mjmorgatpetit.free.fr/textes.html

